Anhu


(fumé par Dick reverse dans le train)

11 décembre 2006
Le bgucoer (ou bugcore)

Accroche-toi à ton cœur, j'enlève le rythme.

Hacker l'usage, rompre le protocole, faire cracher la machine, c'est aussi la vocation du bugcore, musique inspirée par l'expérience désagréable d'une professionnalisation, d'un lissage techniciste de la musique électronique. Cependant il n'y a pas, dans l'expérience bugcore, de posture de retenue et de délégitimation violente (comme dans la récupération du label punk en 2006). Les principes du bugcore sont l'autodérision et la parodie, en réaction aux genres technoïdes ultra-répétitifs.

La techno a perdu le côté charnel de la musique jouée en abandonnant l'instrument, le band, l'orchestre ; elle est devenue un moyen de diffusion d'un à tous ; elle a tenté de reconquérir le corps en important des notions de transes affaiblies, déplacées, de jouissances affadies, alors que son inéluctable binarité l'a aculée au choix d'une esthétique pornographique (le ressassement, le syndrome du marteau piqueur). L'esprit du bugcore, au contraire, c'est le random, l'erreur et la bancalité inévitables : l'Autre de la bidouille techno, qui accepte la dérision du monde technologique, machinique, mais en rompant sa machinalité (abandon du binaire et des structures stéréotypées).

* Un mot sur le bugcore :

Des machines qui pleurent, hurlent et gémissent comme qui se ferait goder l'urètre avec une clé de douze

Le bugcore est une expérience musicale labellisée et initiée par error (1964, Belfort) et Module VxD (1964, Oran). Le premier, mû par une incapacité à apprendre le solfège et la volonté de meubler malgré tout une inspiration encore vague, se procure son premier instrument, un tracker (logiciel de composition qui se nourrit de samples) ; problème, error ne dispose à l'époque d'aucun sample, d'aucune connexion internet pour s'en procurer, pas plus que de micro ou d'autre moyen d’enregistrement. Il fait donc manger à son sampleur des fichiers systèmes informatiques qui n’ont rien à voir avec du son (ce qui revient, en termes de ménagère, à faire une purée de carottes en mixant des solex). Les modifications qui leur sont apportés aboutissent à un travail crade, saccadé, déglingué, imprévu, fortuit. Le logiciel de musique est détourné ; le sentiment d'une identité anti-musicale fondée sur le ratage naît, error prend le nom d'error.

Module VxD, lui, a longtemps fait mumuse avec de la techno sur son PC. Mais un de ces jours que les éléments informatiques choisissent pour abattre leur colère sur un pauvre utilisateur, son tracker (peut-être encouragé par une fausse manip) exporte mal un de ses morceaux et là aussi, erreur, ce qui en sort est aussi génial qu'inattendu. Réunissant ses souvenirs, Module nous explique que ça a du faire quelque chose comme "scruiiich rtuuyerfff bhgrettezskkxxx au lieu du boom boom habituel". Loin de chercher à percer le mystère de ce curieux dysfonctionnement, Module VxD s'en inspire : taper des lignes de commandes à la volée devient son nouveau job.

Le 1er janvier 2000, dans un ascenseur bloqué par le fameux bug, error et Module se rencontrent et se félicitent pour leurs trouvailles respectives. Module suggère alors de reconnaître et de labelliser ce bâtard de la musique électronique : le bugcore est né.

Il s’agit d'abord d’imposer quelques règles de structure ; une composition bugcore doit être faite :

- à base de sons de bugs enregistrés, de sonorités involontaires

- de manière à se faire prier pour éclore (introduction longue et progressive), histoire de faire croire que ça va péter, et en fait non (structure déceptive, frustrante)

Mais peu à peu les règles disparaissent, et on compte aujourd'hui autant de bugcores que de bugcoristes. Aussi Module a-t-il choisi d'adapter la méthode à un son noizy et déstructuré, tandis qu'error revendique encore un attachement à la mélodie.

***

Un bug jamais n'abolira le hasard

Dans la foulée de cette rencontre, les deux compères recrutent un troisième membre, G4Z, issu de la speedbass, pour constituer une Bugcore Team, spécialiste de la supercherie : on parle du bugcore comme d'un mouvement en vogue, certains flyers l'intronisent nouveau genre musical… C'est le début de longs et désopilants malentendus dont les trois membres savent profiter. Le bugcore se fait autant de fans accrocs que de détracteurs qui dénoncent un foutage de gueule. Ceux-ci ont saisi l'esprit : le ratage, le fake, le frustrant, le nawak.

Un nouveau complice, l'artiste Gore, monte alors un groupe, les Gratefuldeadkennedy'z, réunissant les bugcoreux (rejoints aussi par La Bestiole, un bricoleur d'instruments déglingués de renom), et organise le premier concert lors d'un vernissage d'une de ses expos. Le public apprécie, la patron du bar un peu moins.

Lors des concerts, la musique est toujours improvisée, les instruments et machines ne sont même pas préparées. En 2005, au Zorba (Paris), la Bugcore Team se fait traiter de zouaves. "Ce sont des enfants!" hurle le barman. Mais lorsque l'ordinateur de Module plante en plein live, c'est le public qui salue l'artiste d'un unanime "Bugcoooore !" ; jamais si pitoyable raté ne connut plus grand succès. La même année, à la Fonderie (Paris), l'impro donne des surprises et la performance vire à l'electro-pop-trance. En 2006, à la gare XP (Paris), les bugcoreux offrent au public leur plus atroce prestation ("comment transformer un dancefloor en asile psychiatrique", glissera un spectateur au micro). Le son est beaucoup trop fort, leur jeu chaotique ; les instruments de La Bestiole s'ouvrent au public, le bugcore se met au participatif ! Récemment, à Creil, un concert face à des freeparteux scandalisés ou séduits relève du dépucelage. Puis c'est Radio Nova, petite antenne étudiante locale, qui donne un bref écho au travail du collectif, leur consacrant vingt minutes d'émission spéciale.
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L'ardkorpédia

"La parodie du monde est deux fois plus infinie que le monde"
Devise de l'Ardkorpedia

L'Ardkorpedia est un de ces lieux où, pour paraphraser Michel Deguy , la science jargonnante est ventriloquée par la bêtise, dans un rapport parodique qu'on pourrait – ne contribuant pas à alléger la glose genettienne – qualifier de palimpsestueux. Fille de la Wikipedia, elle n'existe que de s'en montrer indigne à tout prix, méprisant "nétiquette" et règles de base de l'Internet "participatif", ridiculisant ses rituels tribaux, retournant contre elle son idéal (pourtant déjà bien défraîchi) de la position et du discours Justes.

Car à l'instar d'un gouvernement qui s'est mis à confondre chômage et précarité, les prêcheurs du modèle Wikipedia, sûrs de répandre par son biais une éthique citoyenne, amalgament liberté et réduction des risques ; ils sont autant d'apprentis sorciers à l'origine de communautés claniques aux principes quasi-sectaires. On s'engage, aujourd'hui, "solennellement à répandre le WikiLove", on créée des profils utilisateurs bouffis d'énoncés stéréotypiques (je suis ci / je ne suis pas ça ; adhésion à la vision publicitaire d'une identité clôturée), on sclérose ainsi les possibilités de rencontres véritables, un peu comme dans Myspace (et son balayage stéréotaxique par critères débiles : j'aime / j'aime pas, j'ai pour habitude faire ci / je n'ai pas pour habitude de faire ça).

Surtout, on normalise les interventions, on nivèle les opinions, on refuse la signature ; on s'organise en "brigades" anti-vandales. C'est encore une fois à une réduction de la marge qu'on assiste – des méthodes hantées par un passé lourd, celui des illusions collectivistes. Mais la réduction n'est pas simplement qualitativement dommageable, elle est foncièrement assise sur les principes de la consocratie : car cette marge écartée, c'est aussi celle qui revient à l'erreur, au bug, au ratage, à l'avarié.

Peupler ces interstices, ne jamais rien fixer, sacrifier le repos d'une délibération "citoyenne" au risque permanent de l'effacement, du recommencement, du recouvrement, du détournement, voilà l'anti-programme de l'ardkorpédia.


* Un mot sur l'ardkorpédia :

"Internet accélère l'avènement de la société de marché, avec une poussée violente de concurrence et de compétition."
Alain Minc

1. ArdKor.com est d'abord une expérience portant sur un des nerfs de Le_Internet® : les moteurs de recherche, leur fonctionnement, leurs utilisateurs. Il s'est agi de faire mousser depuis rien un véritable MFA détourné en critique des sites pollués par les pubs.
Cette expérience, inaugurant la web-vivisection, frappe délibérément plusieurs mètres sous la ceinture, hurlant et cherchant à faire perdre le fil, dégobillant des publicités criardes et des mots-clés cachés, trompant l'honnête internaute, et lui subtilisant un peu d'âme à grand renfort de textes insipides qui tournent rapidement à l'inepte, voire à la franche insulte.
ArdKor.com ment, ArdKor.com triche. ArdKor.com n'est pas un site gentil. Caricature de la caricature métastasant depuis juin 2005, explorant, réjoui, les vastes terres de la médiocrité marchande ; infiltrant le grand méchant Système pour mieux éprouver et faire éprouver l'inanité intrusive et bêtifiante des techniques de racolage sur le net. ArdKor.com n’est pas un site malin - sa petite sœur sera une intellectuelle.

***


"The seventh type of guerrilla organization is that formed from bands of bandits and brigands. This, although difficult, must be carried out with utmost vigour lest the enemy use such bands to his own advantages."
Mao Zedong

2. Non contents d’exposer les charmes de Cecilia Sarkozy et Henri Michaux nues sur Le_Internet® et de s’en tirer à si bon compte, les tenanciers d'ArdKor.com sentent, le 13 septembre 2005, pousser un poil wikirévolutionnaire dans leurs paumes fainéantes : l’encyclopédie ArdKorPedia voit le jour, arrogante et malsaine. Chacun endosse un nouveau rôle : Scum, sorte de Barbapapa en poudre, se dilue au sein de chaque article dans un bouillonnement séminal ; BobArdKor, patron et webmaster méprisé de tous, se perd dans les temps mythiques d'une autorité encore souveraine en corrigeant des fautes de syntaxe ; JeRe Laden, taliban public du 9-3, prend en charge la part d'injures, de vulgarité et de fautes d'orthographe que tout bon article de l'AKP se doit d'assumer tandis qu'Antoine "Redford" Hummel engraisse le tout d'intellectualisme lourdingue et de pastiche journalistique.
L’équipe entreprend alors sa noble tâche ; d'historiques et salutaires vérités sont enfin révélées (Oui, Johnny Halliday est mort. Non, le mérou n’a jamais été rien d'autre qu'un poisson). La bête prend forme et quelques semaines plus tard, les premiers visiteurs y traînent leurs gros doigts sales.
Techniquement, rien ne distingue l'ArdKorPedia d'un grand nombre d'encyclopédies wiki (les deux principales références étant l'inénarrable WikiPedia, et l'Uncyclopedia, humoristique bien qu'anglophone). Mais la technique ne fait pas tout et la différence principale est bien plus profonde : l'ArdKorPedia dit la vérité là ou tous les autres vous mentent. Si si.

***

« Tandis qu'il récitait ainsi, tous ses ennemis perdaient la face, et les "waouh" stupéfaits de la foule ponctuaient chaque ligne de son pedigree. »
Luc 13 –17 (traduit par nos soins)

3. La foule afflue, donc ; car, surprise nonobstant, puis dégoût et nausée nonobstant mais encore nonobstant vomissements de bile et de tripes dans d'atroces souffrances, l'AKP s'impose comme une de ces mines d’informations utiles et réjouissantes : on y trouve, pêle-mêle, des œuvres originales de jeunes artistes handicapés mentaux, la recette du commentaire composé d'Une Vie de Maupassant pour lycéens pressés, des yaourts élitistes avec de vrais morceaux de culture populaire dedans, des révélations polémiques (dé)mises en musique par la section Bugcore, une photo de ta sœur, de la sœur de tout le monde, la vérité jusqu'ici étouffée sur la haine ancestrale entre la Fédération des Pays Producteurs de Chou Fleur et la Ligue des Pays à Bananes, et surtout une page de jeux de l’été disponible toute l'année, avec des mots-fléchés et force sudoku.
Un obscur et misérable poète, dont l'Ardkorpedia avait pourtant essayé d'épicer l'existence, accuse bientôt l'entreprise de donner dans l'ironico-nihilisme. Ce qui n'est, tout compte fait, pas si mal vu. Hélas, et au mépris des mises en demeure, l’ignominie persiste : au 8 novembre 2006, 1948 articles encombrent le net de leur suffisance narquoise, arrachant mensuellement 5000 visiteurs des griffes d’un improbable emploi dans un terne bureau. Tremblez, patrons.


Posté par AntoineHum à 19:25 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
 

Fils de Casse couillde et Kucho

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